Les animaux ont-ils une éthique ?

Une joyeuse harmonie du vivant animal
Une joyeuse harmonie du vivant : des animaux réunis dans un monde coloré, paisible et ludique, reflet d’une conscience partagée et d’une éthique implicite entre les espèces? Inspiré d’un style de poster édité par For Wall (Pologne).

Quelle question surprenante, n’est-ce pas ? En réalité, pas tant que ça ! Sauf que cette question a été totalement éludée en Occident, au nom d’un rationalisme triomphant, sur fond d’un regard somme toute méprisant quant aux ruraux (paysans…) et des cultures traditionnelles et ancestrales.

Erreur ! L’éthologie contemporaine est d’ailleurs venue nous le rappeler : les animaux, eux aussi, ont leurs règles, leurs émotions, leurs solidarités… et peut-être même leur propre éthique.

Comme l’aurait dit (avec un brin d’ironie) Mark Twain*, repris par Pierre Desproges* : « Plus je connais les hommes [ndlr : humains, gens], plus j’aime mon chien. » Derrière la provocation, une vérité troublante : et si les animaux incarnaient une forme de loyauté, de présence et d’éthique que notre monde pressé, stressé, a tout simplement oubliée ?

Quelques éléments de réponse et de réflexion…

1. Qu’est-ce que l’éthique ?

L’éthique désigne l’ensemble des principes qui guident les comportements, en distinguant ce qui est considéré comme juste ou injuste, acceptable ou condamnable. Elle ne se limite pas aux lois ou à la morale sociale : elle engage une réflexion sur la manière de vivre et de se relier aux autres — humains, animaux ou vivants non humains.

2. L’éthique humaine envers les animaux

C’est la plus explorée :
Philosophie morale : Peter Singer parle d’égalitarisme de la souffrance (utilitarisme), Tom Regan* défend des droits intrinsèques aux animaux (déontologie).
Spécisme : discrimination fondée sur l’espèce, critiquée comme le racisme ou le sexisme. Raison pour laquelle certains se disent « anti-spécistes ». 
Responsabilité humaine : en tant qu’espèce dominante, avons-nous un devoir de protection ou de non-nuisance ? Nous en sommes encore loin…

Ce cadre, largement débattu, ouvre une autre question, moins abordée mais tout aussi essentielle…

3. Les animaux ont-ils une éthique ?

Est-ce que les animaux ont des valeurs ? des normes ? un sens du juste ? Les recherches récentes suggèrent que, dans certaines espèces, on observe des :

a) Comportements altruistes
– Les bonobos partagent de la nourriture avec des étrangers.
– Les rats libèrent leurs congénères prisonniers, même sans récompense.
– Les éléphants montrent du réconfort envers leurs semblables en détresse.

b) Notions de justice ou d’iniquité
– Les capucins refusent de coopérer s’ils sont « payés » moins qu’un autre pour la même tâche (expérience célèbre de Brosnan & de Waal*).
– Les chiens aussi montrent une réaction à l’injustice dans certaines expériences.

c) Règles sociales implicites
– Chez les loups et les corvidés, on observe des sanctions douces envers les individus qui transgressent des comportements attendus.
– Certaines sociétés animales ont des formes de réconciliation après conflit.

4. Mais est-ce de l’éthique ?

Tout dépend de la définition qu’on lui donne :

– Si on réserve l’éthique à une réflexion consciente sur le bien et le mal, alors probablement non.
– Mais si on considère que l’éthique est l’expression de règles de vie, de coopération et de respect implicite, alors certaines espèces sociales semblent en manifester une forme élémentaire, fondée sur l’émotion, l’apprentissage et la réciprocité.

En résumé, les animaux n’ont peut-être pas une  » éthique réflexive « , mais certains ont manifestement une forme de régulation sociale qui s’en approche, avec des mécanismes émotionnels parfois très proches des nôtres.

Sheldrake, éthologie élargie et champs morphiques*

Rupert Sheldrake*, biochimiste, physiologiste, et chercheur indépendant britannique, développe l’idée que les formes d’organisation et de comportement ne viennent pas uniquement des gènes ou de l’apprentissage, mais de champs morphogénétiques, sortes de « mémoire collective » non locale. 

En lien avec l’éthique animale :

Il laisse entendre que la conscience animale pourrait être bien plus étendue et interconnectée qu’on ne le pense. Il avait d’ailleurs fait des expérimentation célèbres avec des chiens et leur maîtres respectifs.

Chez certains animaux (chiens, chats, chevaux…), il observe des formes d’intuition, de télépathie comportementale, ou de préscience, qui défient nos modèles strictement matérialistes.

Cela ouvre à une vision élargie de l’éthique animale :
→ Et si l’éthique était un champ partagé, une harmonie implicite à laquelle les animaux participent naturellement ?
→ Et si certains animaux incarnaient des principes (respect, loyauté, justice) non pas de façon rationnelle, mais intégrée au vivant ?

D’autres penseurs sont en dehors des sentiers battus

Marc Bekoff : éthologue, il parle d’émotions animales et de morale animale chez les loups, chiens et éléphants.
James Bridle (Ways of Being) : propose une vision non anthropocentrée de l’intelligence et de la relation entre êtres vivants.
Charles Eisenstein : explore l’idée d’un « monde plus beau que nos cœurs savent possible », où les animaux sont des partenaires d’évolution.
Viveiros de Castro / Eduardo Kohn : anthropologues qui remettent en cause la séparation homme/animal dans des visions chamaniques et animistes.

Pourquoi ces noms ne sont-ils pas évoqués d’emblée ?

Parce qu’il y a souvent une polarisation dans les discours : soit on reste dans l’académique (dit) « solide », soit on bascule dans des approches dites « alternatives », trop souvent caricaturées (par méconnaissance ? par aveuglement ?).

Mais les deux se complètent si l’on adopte une démarche scientifique ouverte, rigoureuse et cohérente. Aussi, dans ce contexte, Sheldrake et consorts sont parfaitement à leur place.

Une conscience élargie, au-delà des animaux

Plusieurs études récentes tendent à confirmer cette intuition : la conscience animale pourrait être bien plus étendue et interconnectée qu’on ne le pensait.

On parle même désormais de la conscience des arbres et de leurs capacités très étendues…

Les arbres et leur forme de conscience

Les travaux de chercheurs comme Suzanne Simard, Peter Wohlleben ou Monica Gagliano ont bouleversé notre vision :
– Les arbres communiquent via des réseaux souterrains de mycorhizes — ce que Simard a appelé le « Wood Wide Web ».
– Ils émettent des signaux chimiques, préparent leurs congénères à une attaque, et reconnaissent leurs “proches”.
– Ils semblent moduler leur croissance, réagir au stress et coopérer activement avec d’autres plantes ou espèces.

Certains parlent d’intelligence végétale, d’autres vont jusqu’à évoquer une forme de conscience non cérébrale, distribuée dans le réseau racinaire et mycélien*.

La conscience élargie : de l’animal au végétal

Cela bouleverse l’idée que :
« Il faut un cerveau pour ressentir, penser, ou ‘être éthique’. »

Or, on observe que :
– Les pieuvres, très éloignées de nous, ont une conscience distribuée dans leurs bras.
– Les corbeaux planifient, se souviennent, manipulent.
– Les arbres réagissent à des stimulations et communiquent dans des logiques de soutien mutuel.

Tout cela invite à penser une éthique du vivant, non plus centrée sur l’humain, ni même sur l’animal doté de  » sentience « *, mais sur un réseau de résonance, où chaque forme de vie participe à une dynamique collective — parfois avec intention, parfois avec écho.

Et ça nous ramène à la question initiale :

Les animaux ont-ils une éthique qui leur est propre ?

→ Peut-être faut-il aller plus loin et dire : Le vivant a une forme d’éthique intrinsèque, faite de régulations, de respect des équilibres, de réponse aux besoins de l’autre — sans langage moral, mais avec une profonde cohérence.

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Notes:

Mark Twain : écrivain et humoriste américain du XIXe siècle, célèbre pour son esprit satirique.
Pierre Desproges : humoriste français du XXe siècle, connu pour son « humour noir », incisif et acerbe.
Tom Regan : philosophe américain, défenseur des droits des animaux et de leur valeur intrinsèque.
Brosnan & de Waal : chercheurs en primatologie ayant mis en évidence des comportements liés à la justice chez les singes.
Champs morphiques : champs invisibles organisateurs qui structureraient les formes, comportements et habitudes du vivant, en s’appuyant sur une mémoire collective propre à chaque espèce.
Rupert Sheldrake, ouvrages :
« La Mémoire de l’univers » (Titre original : The Presence of the Past, 1988), Éditions Albin Michel (épuisé, mais trouvable en occasion ou bibliothèque)
→ Présentation de sa théorie des champs morphogénétiques, selon laquelle la nature a une mémoire et les formes du vivant sont influencées par l’histoire collective.
« Ces chiens qui attendent leur maître : une enquête sur les facultés inexpliquées des animaux » (Titre original : Dogs That Know When Their Owners Are Coming Home, 1999), Disponible en poche (J’ai Lu)
→ Compilation d’observations et d’expériences sur les perceptions extraordinaires des animaux, notamment leur capacité à anticiper des événements ou à ressentir des intentions humaines.
« La science doit-elle être un dogme ? » (Titre original du TEDx Talk : The Science Delusion, 2013), traduit par l’INREES (fondé par Stéphane Allix, ancien reporter de guerre devenu écrivain, et réalisateur).
→ Version française disponible sur YouTube avec sous-titres, où Sheldrake critique les dix postulats rigides de la science actuelle. Très clair, percutant, et souvent (malheureusement) censuré.
Mycélien : qui concerne le mycélium, réseau souterrain de filaments fongiques interconnectés.
Sentience : capacité à ressentir des émotions, du plaisir, de la douleur ou du bien-être.

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